Historique et commentaire de la vie d’un amputé

 

 

    En 1988, à l’âge de 27 ans, ma  vie bascule, un des professeurs de l’institut de BERGONIER à BORDEAUX m’annonce que je suis atteint d’une tumeur maligne au niveau du genou gauche.

Après plus d’un an de traitements lourds et contraignants, mais malheureusement inefficaces, le 21 juillet 1989, je subis une amputation au niveau de ma cuisse gauche.

 

    Ma rééducation commence ainsi que l’adaptation à mon appareillage ; à mes débuts, c’est vraiment la galère. La marche parait si naturelle, geste de la vie quotidienne, mais pour un amputé c’est une lutte perpétuelle pour seulement rester debout, marcher quelques pas relève de l’exploit. Au bout de quelques mois d’effort, de patience et d’un appareillage adapté, la vie reprend son cours mais avec de grandes difficultés.

 

    Au cours de ces années, j’ai connu différents appareillages de genoux hydrauliques ; à mes débuts le genou américain ENDOLITE et ensuite le genou d’OTOBOCK 3 C1. Ils m’ont permis de retrouver une bonne autonomie de marche et même de pouvoir à nouveau faire du vélo.

 

Puis le 24 juin 2005, date d’acquisition de mon genou C.leg, une nouvelle vie commence

 

    Dans l’agence bancaire où je travaille, je suis amené à recevoir fréquemment des clients, avec de longues et importantes stations debout, des montées, des descentes d’escalier, des déplacements fréquents et réguliers. Cet appareillage me permet de préserver ma jambe valide et mon dos (plus qu’avec des appareillages classiques précédents).

 

    J’utilise fréquemment les transports en commun pour me rendre au travail. J’effectue une distance de plus d’un kilomètre, de mon domicile jusqu’aux différents arrêts de bus. Il m’arrive également de faire de longs déplacements professionnels en dehors du département avec des nuits à l’hôtel, avec des bagages à porter et des marches importantes parfois, pour rejoindre mon lieu d’hébergement et mes différents lieux de travail ; cette prothèse sécurise mes déplacements et me rend bien plus autonome. En cinq ans, pas une seule chute à noter, alors qu’auparavant, il était fréquent que je tombe avec les risques de fracture et de perte de confiance que cela engendre.

 

    A mon domicile, j’effectue de nombreux travaux de bricolage comme la tonte de la pelouse, la taille des haies, le nettoyage et l’entretien des locaux etc., avec parfois la nécessité d’utiliser des escabeaux ou des échelles. Cette prothèse permet de faire la totalité de ces tâches en toute sécurité.

 

    Mon habitation comporte deux étages, avec un escalier et de nombreuses marches. Mon appareillage permet de descendre tout à fait normalement comme une personne valide (inconcevable avec l’appareillage précédent).

 

Ma vie de famille a considérablement changé dans le sens où, à nouveau je peux réaliser e partager des projets avec mes enfants, et mon épouse. En effet, je peux participer aux randonnées pédestres familiale, d’une durée pouvant aller jusqu’à 3 heures sur tout type de terrain. Je peux également lors des vacances participer à des visites de sites, des excursions, et randonnés de toute sorte, en un mot toutes les activités de loisirs en famille, impensables auparavant pour moi. Mes enfants et mon épouse ont vécu avec moi cette amélioration de condition de vie qui contribue de façon extrêmement importante à l’équilibre de la vie familiale.

 

    Depuis que je suis appareillé avec cette prothèse, j’ai repris une activité associative et sportive. Titulaire d’un brevet d’éducateur fédéral dans le football, j’enseigne dans un club de la Haute-Vienne, depuis maintenant 3 ans, le football à des jeunes de 13 et 14 ans, trois fois par semaine, sur 10 mois à raison de 8 heures par semaine. J’effectue même parfois pendant les matchs du week-end l’arbitrage de la touche.

Je ne m’imagine pas aujourd’hui, après plus de cinq ans d’utilisation quotidienne intensive et un tel changement de vie, pouvoir me passer de cette prothèse.


    Dans tous ces domaines,  professionnel, familial, social, sportif et associatif, je trouve une amélioration dans le confort de marche avec la possibilité de descendre tout à fait normalement les escaliers, une amélioration également dans la sécurité, l’allongement des distances parcourues, l’économie de l’autre membre valide et du dos ainsi que l’économie de fatigue.

 

    Mais le plus remarquable que j’ai constaté avec cette prothèse, c’est la totale liberté d’esprit qu’elle m’apporte dans son utilisation. Avant j’étais constamment obligé de réfléchir à la position de mon pied, de mon talon, du blocage en arrière de mon genou, quand j’étais en train de monter ou de descendre, de la cadence et de la vitesse de ma marche pour garder la stabilité et sécuriser mes déplacements afin d’éviter les chutes.

 

    Ce temps là est bien révolu, ce n’est plus moi qui gère mentalement ces contraintes imposées par mon handicap mais bien la prothèse. Sur ce point, c’est une avancée considérable, c’est tout simplement formidable. Cette innovation technique est inestimable sur l’amélioration de mes conditions de vie ; maintenant je me concentre uniquement sur mon activité, j’en oublie mon appareillage, voire même mon handicap.

 

J’ai retrouvé à travers le Cleg une activité et une qualité de vie quasi normale.

 

Jean-Christophe B.